ROUILLAC
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Roland Engerand (1892-1951) écrivain et poète tourangeau par…
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Roland Engerand (1892-1951) écrivain et poète tourangeau par…
Estimation 100 € - 200 €
Lot volontaire
Description
Roland Engerand (1892-1951) écrivain et poète tourangeau par adoption
5 L.A.S., 1948-1949, adressées à René Benjamin et à son fils François, et tapuscrit d’un conte de Noël, dont
L.A.S., Saint-Cyr-sur-Loire, 27 septembre 1948
Cher Monsieur,
Ce bienfaiteur dont vous m'avez demandé le nom samedi dernier, c'est un médecin américain, le docteur Jackson, qui, en 1846, eut l'idée de se servir de l'éther en inhalations, pour endormir la souffrance. Et c'est le Tourangeau Velpeau qui introduisit en France cette pratique anesthésique. Avant Jackson, l'on se bornait, pour supprimer la douleur, à des produits soporifiques de basse envergure. Dans l'antiquité, Dioscoride utilisait un extrait de racines de mandragore. Au Moyen-Age, Guy de Chauliac perfectionna quelque peu ce procédé. Plus tard, mon compatriote le Caennais Liégeard recommanda la compression du corps au dessus du point malade. Un an après la découverte de Jackson, un Ecossais d'Edimbourg : Simpson, révéla le chloroforme. Puis Wells le protoxyde d'azote, Snow l'amylène, et l'Autrichien Koller la cocaïne, en 1884.
Là s'arrêtent mes connaissances... Quel ultra-bienfaiteur découvrira le produit capable d'anesthésier durablement la sottise humaine .. et aussi les douleurs morales !..
Je voudrais, avant de clore cette réponse, vous dire l'émotion que j'ai ressentie l'autre jour - au cours d'une visite que j'ai souffert d'abréger pour ne pas vous fatiguer - en vous retrouvant dans cette maison de santé, et en vous entendant m'exprimer des sentiments qui, en me bouleversant et en paralysant mes lèvres - car j'étais loin de penser que vous jugiez digne d'une telle récompense mes obscures œuvres -, ont, en même temps, déchaîné en moi une joie si suave.. Vivant en solitaire, je n'aurais jamais osé espérer que j'atteindrais, de façon si inattendue, votre estime et votre affection littéraires.. Les mots si chaleureux - et si rares dans votre bouche - que vous m'avez offerts ont été pour moi le plus magnifique et le plus précieux des encouragements. Je tenterai de les mériter..
Et puisque vous avez été jusqu'à me remercier du plaisir que certaines de mes pages ont eu la faveur de vous inspirer, permettez-moi de vous remettre - afin que vous le parcouriez lorsque vous serez délivré de vos maux actuels - le manuscrit d'un roman qui vous est dédié .. et que, malgré ses imperfections dont je ressens très vivement l'ampleur, j'avais songé à présenter au Hors-Goncourt, s'il avait eu lieu l'an prochain.. J'aimerais savoir votre opinion à son sujet.. car aucun avis ne peut m'intéresser autant que le vôtre .. Je m'excuse d'avoir associé à votre nom une œuvre dont je déplore les insuffisances. Mais il y a là-dedans, en certains alinéas, un état d'esprit qui me semble pouvoir s'adapter humblement au vôtre..
Samedi prochain, je reviendrai vous entrevoir.. Et j'espère de tout cœur vous retrouver plus prêt à regagner Savonnières et tout à fait éloigné des pénibles suites d'opérations que vous avez subies. Mes vœux et mes prières les plus fervents vous accompagnent dans cette injuste et nouvelle épreuve qui, j'en suis persuadé, sera maintenant brève.. La vie vous doit de si hautes revanches. Et elle sait, plus souvent qu'on ne le croit, reconnaître ses erreurs passées....
L.A.S., Saint-Cyr-sur-Loire, 27 septembre 1948
Cher Monsieur et Ami, Quand nous nous sommes rencontrés hier, j'étais - selon mon habitude - dans un autre monde que le nôtre. Et, en pareil cas, je mets toujours un assez long temps à reprendre contact avec la réalité .. si agréable et attirante qu'elle puisse être .. J'atterrissais au moment où nous nous sommes quittés .. Et j'ai regretté bien vivement, tandis que je m'éloignais de vous, de n'avoir pas saisi l'heureuse occasion qui m'était offerte de m'entretenir un peu plus intimement avec l'un des humains qui me sont chers, et avec lequel je me sens en véritable communion d'âme .. J'ai pourtant bien des choses à vous dire ; et, surtout, je désire vous entendre dire bien des choses. Il faudra nous retrouver durant votre séjour au Plessis .. Lorsque vous viendrez à Tours, dites le moi, pour que nous puissions nous joindre en quelque lieu dans cette ville.
Quand vous m'avez demandé ce que j'écrivais, je vous ai répondu que l'ombre de la guerre me hantait en ce moment très particulièrement. Vraisemblablement parce que mes fils sont maintenant en âge de porter les armes. Je ne puis accepter sans révolte de les voir souffrir ce que j'ai souffert. Nous avons combattu, de 1914 à 1918, pour que vous et eux n'ayez plus à combattre .. Et puis, Mais en attendant, j'ai besoin de me libérer de cette révolte, et de mettre à nu ma blessure, à travers certains souvenirs que j'aimerais vous présenter quand ils seront totalement décantés..."
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À propos de la vente
René Benjamin, le Balzacien du 20e siècle
Lieu de vente
Date
06/10/2026 à 14h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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