Description
GOURGAUD (Gaspard, général)
Francfort,, 1er mars 1821..
Lettre autographe signée « Gourgaud » à John Jackson.
3 pages in-4, adresse avec marques postales sur la quatrième page, restes de cachet de cire.
Le dur exil d'un héros de la Grande Armée.
Dans cette lettre rédigée deux mois avant la mort de l’Empereur, Gourgaud s’épanche auprès de son ami anglais, Johan Jackson, installé à Hambourg :
« Si je ne vous écris pas plus souvent n’en cherchez le motif que dans la crainte qu’a tout malheureux d’ennuyer les autres du récit de ses peines, de ses chagrins. […] Si je meurs ici d’ennui et de tristesse, c’est au moins une consolation pour moi, de voir que mes amis de Hambourg s’amusent Ainsi parlons de vos plaisirs. Vous me dites que vous êtes constamment en fêtes, en bals, & tout cela. C'est très bien - la vie est courte et il faut en jouir autant qu'on le peut. »
Il lui reproche toutefois de s’employer à la critique de M. Méliles.
Évoquant ses activités, il indique : « je m’occupe aussi d’un ouvrage que j'intitulerai Souvenirs militaires de Ste Hélène. Aussitôt que je me déciderai à le publier, je m'empresserai de vous en envoyer quelques exemplaires. »
Enfin, sa situation de proscrit ne trouvera peut-être pas une issue favorable dans l’immédiat. Il a en effet « fait adresser par ma vieille mère, ma pétition à la chambre des Députés. La composition du tribunal qui doit en décider ne me laisse pas beaucoup d’espoir. […] Si je ne puis pas encore rentrer en France, je ne sais où j’irai me fixer, mais je vous assure que je quitterai Francfort, je m’y ennuie trop et les habitans sont trop francfortois, c’est-à-dire égoïstes, bas, sots et plats. »
Le général Gourgaud mit son dévouement à l’Empereur en actes en le suivant dans son exil à Sainte-Hélène. Malheureusement, cette vie d’exil, opposée à son tempérament d’homme d’action, ainsi que les relations forcées avec les autres proches de l’Empereur (notamment Las Cases) ne lui convinrent pas. Il se résolut à quitter l’île le 14 mars 1818 et, interdit de séjour en France, il se réfugia en Angleterre et entreprit la rédaction de Mémoires. Ceux rédigés avec Montholon parurent en 1822.
Resté fidèle à l’Empereur, malgré les mots très durs de celui-ci à son endroit (« C’est un fou. Il était amoureux de moi. Que diable ! je ne suis pas sa femme et ne puis coucher avec lui »), il adressera une pétition à la Chambre des députés pour réclamer à l'Angleterre, les restes de Napoléon. Près de vingt ans plus tard, il accompagnera le prince de Joinville à Sainte-Hélène pour assurer le retour des cendres de Napoléon.
Papier un peu bruni, déchirure avec manque oblitérant une dizaine de mots.
Provenance
Bibliothèque Jean A. Bonna (vente Paris, Pierre Bergé et Associés, 26 avril 2017, n° 177).
Bibliographie
Bondeson, Lars; Napoleons sista strid - Fångenskapen på St. Helena [La dernière bataille de Napoléon – L’exil à Sainte-Hélène], BoD, Suède, 2022, p. 213.
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