FR EN
une feuille de papier avec des notes manuscrites et une feuille de papier avec du texte imprimé
Premium Artcurial

109 - MERMOZ Jean

Estimation 2 500 € - 3 000 €
Description
MERMOZ Jean 4 L.A.S. « Mermoz »(une) et « Ton Jean », Casablanca novembre-décembre 1926, à sa « Maman chérie » ; 9 pages in-4 à l’encre bleue (un bord un peu déchiré à la 3e). Sur le massacre de ses camarades Henri Érable et Eugène Gourp par les Maures. 20 novembre : « nous n’avons guère de chance sur Dakar en ce moment. Deux bons camarades de moins. Atterris en panne ils sont tombés sur une dizaine de pillards Maures qui les ont abattus avant qu’ils aient pu grimper dans le second appareil qui venait de se poser pour les prendre et qui est resté sur place à son tour. Parti avec mon co-équipier [Éloi Ville] à leur recherche quelques heures après, ce dernier tombe à son tour en panne à 30 km de l’endroit où se trouvaient les deux autres. J’ai pu me poser rapidement et l’enlever au nez des Maures qui survenaient. Deux jours après, un autre camarade tombe en panne... Poursuivi par les Maures, il a pu arriver heureusement au deuxième appareil qui s’était posé à deux km de là et rentrer à Juby. C’est donc assez sportif en ce moment. Mais rassure-toi. La malchance a voulu que toutes les pannes se passent au même endroit là où se trouvaient des bandits Maures, lesquels traqués par les autres filent à toute allure maintenant dans l’intérieur où nous n’allons jamais »…. 3 décembre. Il revient sur « l’assassinat de nos deux camarades de Dakar […] Le même jour, parti à leur recherche dans le Sud avec mon coéquipier Ville et ce dernier étant tombé à son tour en panne à 10 km de l’endroit où se trouvaient les deux autres, j’ai pu me poser non loin de lui et l’emmener au nez des Maures qui rappliquaient. Gourp nous a été remis à Juby contre 5.000 pesetas, une blessure atroce à la cuisse gauche et la jambe gangrenée jusqu’au genou après 10 jours ligoté sur un chameau ; nous sommes allés le chercher avec un appareil à 80 km de Juby où il était agonisant. Maintenant ça va mieux ; on pense pouvoir lui conserver la jambe et il a eu la Légion d’Honneur hier naturellement. Les deux autres sont demeurés à 50 mètres des appareils brûlés ; j’ai demandé au gouverneur espagnol de Juby d’aller les chercher avec un taxi et un Maure à notre solde, mais il m’a refusé, alléguant que ce serait une folie inutile ; leur sépulture à l’heure actuelle n’est donc autre malheureusement que le ventre des hyènes et des chacals qui abondent en cette région. Là ou ailleurs !! […] Ils ont eu la malchance de tomber sur des bandits pillards qui venaient de faire un mauvais coup dans la région de Port-Étienne. Sans cela je ne doute pas qu’ils en soient revenus comme nous... Mais nous avons tous chacun notre destinée. Si je te disais que c’est moi qui devais remonter ce courrier avec Gourp ! Érable devait venir à Casa à ma place, ayant des costumes à se faire faire et moi je devais descendre à Dakar. Je serais remonté avec ce courrier-là ! En arrivant à Juby, il m’a demandé de remettre ce projet à la prochaine fois. Cela m’a sauvé. Tu vois que quand c’est écrit !... Ville, mon coéquipier, dont la tête est mise à prix, et Lassalle, pilote de Dakar, quittent la ligne. Guillaumet, tu sais celui qui devait faire le raid avec moi, va à Dakar. Moi je continue jusqu’en Février ou Mars d’abord par fatalisme et puis parce qu’à ce moment, la ligne d’Amérique sera sur le point d’ouvrir et que je suis désigné des premiers pour y aller. Sinon, je quitte définitivement la compagnie à cette époque. Je n’arrête pas. Nous manquons de pilotes ou plutôt de bons pilotes. Quand j’arrive de Juby ou de Dakar, je bondis en Espagne ou Toulouse. Je reste à peu près 5 jours par mois à Casablanca. […] Je tiens le coup et espère tenir longtemps, parce que tu sais, je me sens l’âme d’un oiseau migrateur plus que jamais »... 18 décembre. « Je ne puis croire que j’ai déjà vingt-cinq ans, et pourtant je me sens vieillir, vieillir... ce que l’existence est brève !... On n’a pas beaucoup de temps pour être jeune vraiment !.. Demain, je repars à Juby. Je rentrerai, du moins je l’espère, la veille de Noël »… 31 décembre. « Je suis rentré de Juby hier matin, un peu tard pour que mes souhaits de Nouvelle Année te parviennent demain. Mais tu sais bien que ce jour-là je communierai avec toi en pensée et les vœux que je forme pour toi avec tout mon cœur ne sont que l’expression de la profonde affection que j’ai pour toi. […] Je suis rentré le 24, la veille de Noël ; nous avons fait le réveillon entre camarades. Pas merveilleusement d’ailleurs. Je suis reparti le lundi seulement. […] J’ai emmené un ministre de Bolivie (Amérique du Sud) sur Dakar. M’ayant connu par les journaux, il m’a offert d’aller en Bolivie comme moniteur et pilote de ligne en même temps. Je pourrais me faire 5 à 6.000 pesos par mois, c’est-à-dire au cours du change 120.000 frcs environ !! Il va rentrer de Guinée Espagnole dans une vingtaine de jours et m’a dit, si je me décidais, de lui faire une demande en règle. D’ailleurs, il me récrira pour me dire le temps du contrat et les avantages. Si c’est intéressant, j’y partirais pour le printemps après un congé naturellement. Ce serait une belle occasion et je pourrais en mettre largement à gauche »... Correspondance, nos 98, 99, 100 et 101. Provenance : - Jean Mermoz (1901-1936) ; - Gabrielle Gillet-Mermoz (1880-1955) ; - Puis dans la famille par descendance
À propos de la vente Souvenirs Historiques
Lieu de vente
Date 03/11/2026 à 11h00
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
Vous aimerez aussi