Description
MERMOZ Jean
L.A.S. « Jean », Cap-Juby 18 février 1927, à ses grands-parents GILLET ; 2 pages in-4 et 2 pages in-8.
À Cap-Juby, il rêve d’Amérique.
« En ce moment au Cap-Juby où je me trouve, il n’y fait pas chaud du tout. Un chandail n’est pas de trop avec les alizés qui nous viennent du Groenland et qui soufflent en tempête six ou sept mois de l’année. À Casa, il y fait très doux, et à Dakar il y fait bon, certes, mais je n’y mets pas souvent les pieds. Rassurez-vous, je me porte parfaitement bien, je ne fais pas de bêtises, mène une existence absolument normale et régulière et je compte tenir le coup longtemps. Ins’allah ! […] il me serait impossible pour le moment de moisir sur une ligne calme en France. Et puis la perspective de nouveaux horizons n’est pas faite pour m’engager à y songer. La vie est si brève et si peu ont la bonne fortune de la vivre selon leurs goûts et leur caractère que j’apprécie la mienne à sa juste valeur et que je ne puis résister à son charme. Inlassablement, je voudrais tout voir, découvrir toujours ce qui est pour moi l’inconnu des êtres et des choses et il y a tant à voir, tant à découvrir, tant à apprécier, tant à admirer que tout ce que j’ai pu connaître jusqu’ici me semble bien minime ! […] Je voudrais voir l’Amérique du Sud, refaire un tout petit tour en Syrie, jeter un coup d’œil en Perse, poser le pied aux Indes et en Chine et après, ma foi, définitivement la France. Ne t’épouvante pas va ! 40.000 km c’est bien peu de chose, et c’est vite parcouru maintenant. J’en ai fait depuis deux ans cinq ou six fois autant ! »
Il regrette le bon cidre de Mainbressy... « Voici sept jours que je suis ici et je vous assure que ce n’est guère amusant. Les journées passent avec une lenteur désespérante, surtout depuis que nous n’avons plus le droit de mettre le nez dehors à plus de cinquante mètres du fort depuis que les Maures ont eu déjà plusieurs fois l’intention de s’emparer de nous et de certains Espagnols. […] Je dors 14 heures environ. Je m’occupe de la cuisine car nous amenons notre ravitaillement de Casa avec nous par avion. […] J’ai un livre de cuisine, et je suis devenu un maître-queue hors pair […] Entretemps je fais des parties de bridge avec le toubib espagnol du fort ou un poker avec les officiers (je cause l’espagnol comme un véritable hidalgo). J’en fais voir des vertes et des pas mûres aux Maures qui s’aventurent avec moi dans les airs au cours d’essais d’appareils »…
Correspondance, n° 106.
Provenance : - Jean Mermoz (1901-1936) ;
- Gabrielle Gillet-Mermoz (1880-1955) ;
- Puis dans la famille par descendance
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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