Description
MERMOZ Jean
L.A.S. « Jean », Buenos Aires 14 novembre 1928, à ses grands-parents GILLET ; 2 pages in-4 à en-tête Aeroposta Argentina.
Sur son projet de raid transatlantique.
Il espère partir prochainement pour la France. « Tout a l’air de s’arranger au mieux de mon désir. Je crois que Bouilloux-Lafont, le grand patron, va me subventionner pour Paris-New York ou Paris-Rio de Janeiro. Il a déjà demandé pour quelle maison de construction je voudrais le faire et paraît s’intéresser à la chose sérieusement. Alors la vie est belle et avec tous les atouts que je vais mettre dans mon jeu, l’intuition impérieuse que j’ai de réussir, je compte faire quelque chose de mieux d’ici peu, car il faut toujours chercher à faire mieux. Maintenant, j’ai dû donner ma promesse de revenir reprendre ma place de chef-pilote à Buenos-Aires dès le raid terminé, chose que j’ai acceptée naturellement, car le succès ne me donnera pas de prétention, et il y a tellement de gens charmants pour moi ici !! Je terminerai donc mes deux ans de toutes façons en Amérique du Sud ».
Un an déjà a passé depuis qu’il a quitté la France : « Le temps est passé si rapidement et on a tellement à faire ici ! […] Ici grosse chaleur en ce moment. Nous sommes en été maintenant. À Rio de Janeiro, il fait une chaleur de four. Heureusement, il y a la mer, la plage. Ici, nous en sommes privés, et le Rio de la Plata éternellement jaune sale n’est guère accueillant. En tout cas l’air est bon. J’ai pris 6 kgs. J’accuse près de 87 kgs à la bascule et cependant je ne m’aperçois pas que je grossis. Nous avons toujours notre appartement avec mes deux amis. Ça gaze. Quoique nous changions de domestiques tous les quinze jours […] En tout cas, je sais que je retrouverai avec plaisir les lapins de grand’mère et le cidre de grand-père »...
Il essaie de faire venir « le fils de Max Delty, qui a fait son apprentissage à Toulouse, à la Compagnie. Il gagnera bien sa vie ici et pourra aider les siens.
Notre trafic marche bien en ce moment. 8 j.½-9 jours à peu près régulièrement de Paris à Buenos Aires et vice-versa. Nous partons le Mercredi de Buenos-Aires pour arriver à Rio le Jeudi à quatre heures et le lendemain le courrier est à Natal où il embarque immédiatement sur un aviso. On pousse la construction des hydravions pour mettre la durée de parcours à 6 jours 6 j.½. Les bateaux nous prennent le meilleur de notre temps. Dès que nous aurons obtenu un résultat irréfutable, nous allons faire une grosse publicité. Jusqu’ici, beaucoup de monde ignore encore la ligne. Quand on pense qu’en Europe, nous avons eu 50 kgs de courrier au début pour le Maroc et que maintenant il y en a jusqu’à 500 kgs quotidiennement, on peut se persuader de la réussite en Amérique du Sud. Mais que d’efforts elle aura nécessité. Nul ne soupçonnera jamais ce qui a été fait depuis un an. Maintenant la sécurité est à peu près complète. L’organisation est au point et se perfectionne de jour en jour. Dans les débuts, il a fallu suppléer au manque d’organisation par des tours de force et à chaque courrier, on peut dire actuellement que nous avons risqué notre vie à chaque fois pour le faire arriver dans les plus brefs délais. […] Les Allemands parlent de nous concurrencer avec leurs Zeppelins, mais ils courent aux accidents et à la faillite, j’en suis à peu près certain. Et nous les attendons ! »…
Correspondance, n° 155
Provenance : - Jean Mermoz (1901-1936) ;
- Gabrielle Gillet-Mermoz (1880-1955) ;
- Puis dans la famille par descendance
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
Vous aimerez aussi