Description
MERMOZ Jean
L.A.S. « Votre Jean », Buenos Aires 20 février 1929, à ses grands-parents GILLET ; 3 pages et demie in-4 sur papier Via Aeropostal.
Interdiction de son raid par le ministère de l’Air ; colère contre l’administration française.
Il a appris la mort de son grand-oncle, et partage la peine de son grand-père.
Il déplore « la grande tuile… Le ministère de l’Air dont je dépends hélas ! m’a refusé l’autorisation pour un raid transatlantique. Parlementarisme, cabotinage et paperasserie, tels sont les motifs. Pratiquement ils n’existent pas. Les Américains sont des hommes vraiment hommes d’avoir permis et aidé un Lindbergh de se lancer sur l’Atlantique. Chez nous, nos gens d’action tombent en décrépitude. Il nous faudrait des audacieux réfléchis et nous n’avons que des réfléchis avachis et pessimistes qui crient à la plus grande gloire et au relèvement de l’Aviation Française du plus profond d’un rond de cuir en s’occupant plutôt du changement de ministère susceptible de porter atteinte à leur propre intérêt que d’encourager les initiatives. Au lieu de crier haro ! sur Poincaré, ils feraient mieux de penser aux moyens d’enrayer l’avance de l’aviation étrangère dont le mot de ralliement est Sus ! à l’aviation française. La politique est un terrible fléau. Quel mal elle fait ! Quand aurons-nous une dictature qui nous rendra conscience de ce que nous avons été, de ce que nous sommes et de ce que nous pouvons être !! Je deviens nationaliste depuis que je suis à l’étranger. Je frémis de voir que notre prestige s’y émiette peu à peu par l’unique faute de nos représentants piteux, dignes de notre marasme parlementaire. C’est lamentable de penser que le meilleur de notre volonté, de notre énergie, de nos efforts sert à alimenter les discours et les discussions alors que nous voudrions qu’ils servent au succès et à la prospérité de tout ce qui est nôtre. C’est pénible. Le danger en ce moment nous vient d’Amérique. Les lignes postales progressent de notre côté avec rapidité. Lindbergh est en avant et le prestige qui s’attache à ce véritable drapeau vivant lui ouvre toutes les portes et menace de nous causer un véritable préjudice en Amérique du Sud. Alors, adieu nos sacrifices ! le fruit de plus d’un an de travail intense et inimaginable qui nous échappe au moment où nous approchons du succès. […] Nous avons, nous aussi, besoin à l’étranger d’un homme-drapeau. Costes aurait pu l’être, c’est un commerçant. J’en connais quelques-uns parmi les pilotes de ligne qui seraient capables d’être ces hommes-là. Pour ma part j’en ai cherché les moyens depuis un an, je les avais presque trouvés. J’aurais réussi, je le sentais. Je le ferai probablement, mais j’ai peur que ce ne soit trop tard à ce moment-là. Réussir la traversée de Paris à New York actuellement et nous en avons les moyens maintenant serait un exploit qui rehausserait d’un seul coup tout notre prestige au moment où nous en avons le plus besoin. Je ne demandais rien à personne, je me débrouillais avec les capitaux que j’avais réunis à trouver et pan ! raid interdit avec avion terrestre jusqu’à nouvel ordre… Politique… Alors j’attends. Le comte de La Vaulx que j’ai amené du Brésil et que je ballade en Argentine a promis de m’aider à réaliser mon idée dès son retour en mars. J’attends. Je ne perds toutefois pas mon temps. Je vais m’en retourner au Chili pour y faire un courrier, puis organiser le parcours. Je vais tâcher d’y arriver avant les Américains. Projets pour Juillet : la Guyane et peut-être les Antilles. On me prépare un appareil. Le Directeur Général à Toulouse a l’intention, m’a-t-on dit, de me rappeler en France pour m’entraîner sur gros hydravion et de me faire faire quelques traversées maritimes entre Dakar et Natal. Toujours projets »…
Provenance : - Jean Mermoz (1901-1936) ;
- Gabrielle Gillet-Mermoz (1880-1955) ;
- Puis dans la famille par descendance
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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