Description
MERMOZ Jean
2 L.A.S. « Jean », Buenos Aires 16 et 31 octobre 1929, à sa « Maman chérie » ; 1 et 3 pages in-4 sur papier Via Aéropostal.
Expansion de l’Aéropostale ; essais de l’avion pour le raid ; son amour pour Gilberte.
16 octobre. « Figure-toi que je devais partir vendredi aujourd’hui par avion et pour la France. Un télégramme de Paris me réclamait d’urgence pour les essais d’un nouvel appareil destiné à la traversée de Dakar à Natal. Le Directeur Général a répondu que je ne pouvais quitter l’Amérique en ce moment. En effet, le nouvel appareil Latécoère que je compte prendre pour mon raid est arrivé ici. J’en poursuis les essais et suis chargé de le lancer et de le faire connaître dans toutes les villes importantes de Sud-Amérique. Mon départ est donc retardé provisoirement. […] Je suis rentré ce soir du Chili et pars demain pour présenter le nouvel appareil que nous venons de recevoir au gouvernement Paraguayen à Asuncion. C’est le même avec lequel je compte faire mon raid »…
31 octobre. Son arrivée ne devrait pas tarder. « Le Directeur Général vient de repartir pour la France. Il doit arranger et organiser deux ou trois projets de raid avec Latécoère dès son arrivée. Aussitôt il me télégraphiera de venir. En attendant, je ballade l’appareil avec lequel je compte réaliser mes projets dans toute l’Amérique du Sud. Je suis allé il y a huit jours au Chili, je rentre du Paraguay, demain j’inaugure la ligne vers la Terre de Feu, toujours avec mon appareil, en rentrant, je repars pour le Chili où je prends deux administrateurs arrivés de Paris de la Cie et pars pour le Pérou, la Colombie et le Brésil. J’ai ma valise toujours faite chez moi, bref, je ne crois pas qu’il y ait au monde un homme plus nomade que je ne suis !! […] Si j’étais sûr que mon raid n’ait pas lieu avant Mars, je te ferais venir immédiatement ici… mais j’ai toujours peur qu’un télégramme me fasse partir pendant que toi tu sois en route vers B. Aires et alors ce serait ridicule. Naturellement une fois ici, tu m’attendras aussi bien ici qu’en France […] D’ailleurs, tu sais, à B. Aires la maman de Mermoz serait tout de suite en pays de connaissances, et puis la famille de Gilberte serait heureuse de te connaître. Nous parlons souvent de toi et tu verras que ta belle-fille future ne sera ni plus ni moins que ta fille parce qu’elle est très douce et d’une sincérité, d’une fraîcheur de sentiments rares chez les jeunes filles d’aujourd’hui »… Gilberte est en France, et il craint que son existence soit difficilement conciliable avec la vie de famille : « Je ne pars plus avec enthousiasme, mais une fois parti, il revient, si tu savais !! avec tant de force ; et je ne sais plus que l’effort, l’âpre et rude satisfaction qu’il donne à ses initiés, et puis la volupté morale de la lutte dans la beauté des choses que ceux d’en bas ne connaissent pas, le choc d’émotions intense de tous les renouvellements de sensations étranges qui font que l’on ne se sent plus humain… et si loin… si loin… de l’étroitesse de la masse terrestre… et cela m’épouvante parfois parce que j’aime de toute mon âme et que l’être que j’aime mérite un amour rare et absolu, que je ne pourrais la voir souffrir en sacrifiant une partie de son existence à ma secrète passion »… Etc.
Provenance : - Jean Mermoz (1901-1936) ;
- Gabrielle Gillet-Mermoz (1880-1955) ;
- Puis dans la famille par descendance
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
Vous aimerez aussi