Description
MERMOZ Jean
L.A.S. « Jean », Natal 21 juin 1930, à sa « Maman chérie » ; 4 pages sur papier pelure Via Aéropostale (bord du dernier f. un peu effrangé).
Vaines tentatives pour faire redécoller l’hydravion Comte de La Vaulx après la traversée de l’Atlantique Sud.
Il espère que la jambe de sa mère va mieux, et qu’il va la retrouver « capable de faire des pointes comme une danseuse étoile !! »… Sa mère a fait connaissance de la fiancée de son fils : « Alors… tu as vu ma petite Gilberte ?? N’est-ce pas qu’elle mérite qu’on l’aime comme je l’aime ?? »…
« Et pendant ce temps, je ronge mon frein, dans cet insipide patelin qu’est Natal. Je m’ennuie à en mourir. Quel cauchemar !! Avec cela quelques accès de fièvre sans gravité, mais qui ne sont pas faits pour m’équilibrer le moral et l’énervement de ces derniers jours… Trente-trois tentatives de départ du 8 au 11 Juin. J’en pleurais d’impuissance. Je n’ai pas suffisamment l’habitude de renoncer, de me résigner, de ne pas vaincre. Je me débrouille enfin pour le courrier d’après. Je bats trois cents kilomètres de côte pour trouver un endroit propice. Je trouve un superbe lac à 60 km de Natal dans l’intérieur… je l’organise… et puis la tuile !! Interdiction départ cause renforcements… bref, des idioties. Laurent Eynac a pris pour son grade oh ! certes avec ménagement et respect… mais… ça a fait le bonheur de Daurat !! Alors de sentir maintenant Gilberte de l’autre côté à Paris, être obligé encore de lui faire mal avec ces déceptions continuelles, toi souffrante et de retour aussi à Paris, le moral a baissé… baissé. Je traîne ma tristesse et mon inactivité dans les rues sales et mornes de Natal… et les jours les heures s’écoulent interminables ». Il n’y a qu’un hôtel ignoble : « les chambres n’ont pas de plafond, il y pleut comme dehors, des lits bourrés de punaises, des fourmis qui s’installent et démolissent les murs. Alors nous avons émigré avec mon navigateur et mon radio dans une villa non meublée mais propre autant que peut l’être une maison brésilienne. Nous avons acheté chacun un hamac dans lequel nous dormons, des caisses à essence comme armoires, chaises et table, un boy brésilien pour nous faire à manger, une vieille voiture Chevrolet et chevrotante qui nous descend en ville cahin-cahan… on ne se refuse rien. […] Bref, c’est le campement et la mouise dans toute l’acception du mot !! »
Et il a « une correspondance affolante », 20 à 30 lettres à chaque courrier, du monde entier : collectionneurs de timbres, militaires, « des jeunes filles qui me demandent de les emmener surtout des Américaines de Miami en Floride »…
On joint une autre L.A.S. « Jean » à sa mère (4 p. in-8 sur papier Via Aéropostale) : il écrit peu et « avec la pensée anhilée, dans un demi-sommeil abrutissant. Le climat ici en ce moment est épuisant, pluies tropicales continuelles et chaleur épuisante. Tout le monde a été malade. Moi-même qui avais échappé j’ai eu trois jours de fièvre à Buenos Aires où j’étais descendu entre deux courriers […] J’ai eu beaucoup de peine de la mort de Baptiste […] il a eu malgré tout une mort merveilleuse en pleine jeunesse… en plein rêve… il était trop bon, trop beau, trop pur pour mériter de souffrir de toutes les saletés du monde… c’est bien triste pour ceux qu’ils laissent et qui l’aimaient. J’irai voir sa mère aussitôt mon retour, ce sera la première visite que je désire faire »… On joint aussi 2 billets a.s. « Jean » à sa mère (1 p. in-8 chaque sur papier Via Aéropostale).
Provenance : - Jean Mermoz (1901-1936) ;
- Gabrielle Gillet-Mermoz (1880-1955) ;
- Puis dans la famille par descendance
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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