Lot phare sélectionné par la Maison de ventes.
Description
Marcel LENOIR.
"Mystère eucharistique, Vierge blanche, Jésus et Saintes femmes"
Pastel, signé en bas à droite, Circa 1915-1916
Authentification du Comité Marcel Lenoir et inclusion au catalogue raisonné.
Dim. 47,5 x 43,5 cm
En effet, dès parution de l'oeuvre sur les sites de ventes, nous souhaitons publier notre texte d'analyse ci-dessous :
C’est une vive joie artistique pour nous de pouvoir découvrir, authentifier, ainsi qu’inclure au catalogue raisonné cette œuvre unique de la main de Marcel-Lenoir. Ressuscitée grâce à Maîtres Jérôme, Paul et Inès de Colonges chez Primardeco à Toulouse.
Manifestement, le créateur Marcel-Lenoir s’attache au sujet du mystère eucharistique qui intervient après le bénédicité en cette œuvre. Aussi, celle-ci s’exauce possiblement lors de la troisième période du créateur et plus particulièrement peut-être au temps de la Grande Guerre vers 1915-1916. Où Marcel-Lenoir, après un premier Bénédicité, Musée des Beaux-arts de Vienne, s’attèle à nouveau à une série de bénédicités et œuvre à des peintures ainsi qu’à des pastels. Et cette dernière fait hypothétiquement partie des 19 pastels exposés en 1916 à Paris lors de la grande exposition consacrée à Marcel-Lenoir orchestrée chez le marchand d’art Georges Chéron. Où au catalogue aux côtés de bénédicités deux titres retiennent également notre attention : La Vierge blanche, ainsi que La prière céleste, titres évocateurs de la présente œuvre. Où le pastelliste conjugue non loin du bénédicité le sujet du mystère eucharistique à une Vierge blanche à l’enfant Jésus et à la prière de saintes femmes. Ainsi, nous pouvons proposer comme titre : Mystère eucharistique, Vierge blanche, Jésus et saintes femmes.
Dès lors, il semble que le pastelliste théologien renouvelle l’iconographie du mystère eucharistique. Ainsi, au dernier plan, un ciel bleu est ponctué de chaque côté des extrémités de l’œuvre de deux voluptueux nuages blanchâtres. Ce ciel désigne le monde céleste. Au sein de la partie médiane, se déploient deux haies arrondies dont une ouverture centrale mène au jardin que nous devinons situé en dessous du parc. Les haies s’avèrent bordées de massifs et rehaussées de part et d’autre de différents arbustes, dont deux de grands arbres en miroirs jouxtant l’ouverture du jardin, ainsi que de deux arbustes taillés pour le premier en cloche et pour le second en boule, à gauche s’élève un sapin ou un cyprès. Clôture en une palette, un camaïeu de vert, ponctué d’ocre, de jaune et d’orange. Aussi, par le truchement de cette clôture végétale réunissant différentes essences le peintre botaniste et paysagiste décline une frontière entre le monde céleste et le monde terrestre.
Au premier plan, tout autour des haies arrondies, au sein d’un parc circulaire, orangé, voire doré, se tiennent cinq groupes. Tout près de l’ouverture des haies permettant d’accéder au jardin sont assises deux figures, revêtue pour l’une d’une robe beige rosée et pour la seconde d’une robe blanche rehaussée d’un voile bleu, celles-ci sont en conversation. Puis, au milieu de chacune des haies se présente des personnages là en miroir. À gauche, semble se présenter à nous une maternité, une mère madone, entièrement recouverte de gris, agenouillée, brandissant l’enfant Jésus nu et à ses côtés se tient un enfant habillé d’une tunique beige. À droite, apparaît à nous une figure en transparence, revêtue d’une tunique grise et verte avec une aile verte, il se fond dans la verdure et dans le parc, il est un ange descendu du monde céleste. Puis, au départ de chacune des haies, à gauche, une mère revêtue d’un drapé ocre aux filaments bleus, porteuse d’eau, cruche évoquant le vase à parfum ou pot à onguent et sa fille à la coiffe et à la robe assortie jaune, voire doré, observent curieusement la scène principale. Et la jeune fille joint aussitôt ses mains dans la prière et communie alors au mystère. En revanche, à droite, une mère portant une tunique grise et sa fille une terre de sienne conversent et ne participent pas au mystère central. Aussi, le parc orangé, presque doré, où se tiennent toutes ces figures, ainsi que la scène principale demeure vide en son centre.
Dès lors, le mystère lumineux jouxtant le bord de l’œuvre attise irrésistiblement le regard. Autour d’une table rustique en bois recouverte d’une nappe blanche se déroule le mystère eucharistique. La Vierge Marie nimbée, revêtue d’une robe immaculée, assise et tenant d’une main à ses côtés l’enfant Jésus nimbé, nu et debout sur la table, préside la scène. Et la madone à l’enfant demeure face au regardeur. D’une main la Vierge Marie semble rompre le pain, le corps du Christ. Tandis que tout autour de la table participent un quatuor de jeunes femmes, les unes en tuniques terre de sienne et ocre, les autres en tuniques noire et vermillon.
Ainsi, Marcel-Lenoir privilégie les saintes femmes à l’égal des apôtres masculins, qui communient au mystère. A gauche, prennent place : Sainte Marie Salomé, épouse de Zébédée et mère des deux apôtres Jacques le Majeur et Jean l'Évangéliste, disciple de Galilée, la Myrophore soit la porteuse de parfums, premier témoin du tombeau vide et à droite de la Vierge Marie, Marie Jacobée ou Marie de Cléophas, mère de Jacques le Mineur et de Joset, la disciple de Jésus de la première heure, depuis la Galilée jusqu’à la croix, personnifiant la constance discrète, le socle des fidèles anonymes ou discrets, le témoin de la croix soutenant au Golgotha la Vierge en pâmoison au pied de la croix, incarnation de la compassion maternelle.
Puis, à droite, sont assises : peut-être Sainte Marthe, originaire de Béthanie, village près de Jérusalem, sœur de Marie et de Lazare, amie intime de Jésus, l’hospitalière, la charité en action, opposée à sa sœur Marie dévolue à la vie contemplative, dans la légende provençale elle demeure la dompteuse de la Tarasque, ainsi qu’en rouge écarlate, coloris de l’amour divin, de la passion humaine et du sang, Marie-Madeleine, Marie de Magdala, guérie de sept démons par Jésus, incarnation de l'humanité pécheresse rachetée, du repentir charnel et spirituel, devenue l'Apôtre des apôtres, qui avant la crucifixion verse ses larmes de la pénitence sur les pieds de Jésus et durant la crucifixion tel Marie verse ses larmes, eau lustrale et nettoie les plaies ensanglantées du Christ selon un bain lacrymal.
Alors, Marcel-Lenoir associe donc les Myrophores, Marie-Madeleine, Marie Jacobée, Salomé, les servantes du Christ vivant, arrivées le dimanche matin de Pâques au tombeau avec les aromates afin de procéder à un véritable bain rituel, laver et embaumer le corps du Christ inhumé en hâte, geste de purification et d’onction, premiers témoins de sa résurrection. Elles viennent achever ce rituel de purification (la Tahara), qui n’avait pu être effectué le vendredi soir en raison du Sabbat. Alors, le pastelliste par le biais de l’invocation des saintes femmes augure de la crucifixion et de la résurrection. Et le pastelliste virtuose s’adonne à une synthèse et un découpage cubisant cristallin.
©2026.texte Marie-Ange Namy
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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