Galerie Dreyfus
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ECOLE ALSACIENNE Christ aux outrages
Vers 1500
Panneau de ch…
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ECOLE ALSACIENNE Christ aux outrages
Vers 1500
Panneau de ch…
Estimation 70 000 € - 75 000 €
Lot volontaire
Description
ECOLE ALSACIENNE
Christ aux outrages
Vers 1500
Panneau de chêne parqueté
60 x 42 cm
Assis au centre de la pièce, reconnaissable à son grand manteau rouge et à sa couronne
d’épines, le Christ est abandonné aux tourmentes de ses bourreaux, débutant ainsi sa Passion
après avoir été livré à son peuple par le préfet romain Ponce Pilate. La scène se déroule dans
la maison du Grand-Prêtre Caïphe à Jérusalem. Dehors, il fait nuit, conformément au récit
de l’Évangile précisant que depuis que Judas est sorti pour livrer Jésus « il fait nuit » (Jn 13,
21-38). Les quatre tortionnaires encadrent le Christ symétriquement, tantôt brandissant
des bâtons pour le frapper, tantôt un branchage pour le fouetter, tantôt enfin lui tirant
les cheveux. Leurs costumes, contemporains du peintre, ne sont pas ceux de soldats mais
évoquent plutôt des civils occupant différents rangs dans la société. Leurs coiffes évoquent
tour à tour celles d’un roi, d’un noble, d’un bourgeois et d’un homme du peuple, comme si
toute la société fustigeait le Christ. Si la représentation de Jésus les yeux bandés est un motif
plutôt rare, Fra Angelico l’a cependant adopté au couvent San Marco de Florence dans son
fameux Christ aux outrages où les bourreaux sont alors résumés aux gestes ou instruments de
leurs offenses. Selon les évangiles de Matthieu et de Luc : « Alors ils lui crachèrent au visage
et le giflèrent ; d’autres le rouèrent de coups en disant : Fais-nous le prophète, ô Christ ! Qui
t’a frappé ? » (Mt 26, 67-68) et « Ils se moquaient de lui en le frappant et ils lui voilèrent le
visage » (Lc 22, 63-65). Cette représentation évoque celle d’un jeu pratiqué au Moyen Âge,
le « qui fery ? », c’est-à-dire le « qui frappe ? » où le joueur qui a les yeux bandés doit deviner
qui vient le frapper. Dans les mystères de la Passion joués sur les parvis de cathédrales au
Moyen Âge, deux bourreaux, Marquin et Haquin, jouent ce « qui fery » avec le Christ comme
victime.
Ce panneau, unique volet retrouvé d’un polyptique de la Passion du Christ, constitue un nou-
veau témoignage de la vivacité de la création artistique alsacienne à la fin du Moyen-âge. Au
côté des florissants foyers artistiques de Strasbourg, Colmar et Sélestat, on peut recenser
nombre de couvents et d’églises de villes plus modestes, tel le fameux couvent des Antonins
d’Issenheim, qui sont à l’origine de commandes prestigieuses, attestant de la productivité
comme du rayonnement artistique de cette école rhénane. Si Gaspard Isenmann (vers 1410 –
1472 ?) et son élève Martin Schongauer (vers 1450-1491), tous deux originaires de Colmar, sont
les plus éminents représentants de cette école du XVe s., d’autres artistes dont le nom n’est pas
passé à la postérité ont pourtant laissé des œuvres de très grande qualité. Ainsi, le Maître de
la Passion de Karlsruhe peint un retable de la Passion du Christ pour l’église Saint-Thomas de
Strasbourg (aujourd’hui partiellement conservé à la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe), ou en-
core le Maitre de Guebwiller, qui fut probablement l’élève de ce dernier. Ainsi, cette œuvre raffi-
née à la palette délicate et harmonieuse atteste des échanges artistiques avec l’Italie comme
les Flandres et l’Allemagne durant cette période tardive du gothique, appelée « gothique inter-
national ». Le milieu alsacien est en proie aux idées humanistes d’une « dévotion moderne »
qui annonce la Réforme prochaine et dont la réalisation la plus extraordinaire sera le retable
d’Issenheim par Matthias Grünewald, contemporain de ce panneau.
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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