Galerie Dreyfus
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GEORGES ROUAULT (PARIS, 1871 – PARIS, 1958)
Pierrot
Vers 194…
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GEORGES ROUAULT (PARIS, 1871 – PARIS, 1958)
Pierrot
Vers 194…
Estimation 40 000 € - 50 000 €
Lot volontaire
Description
GEORGES ROUAULT
(PARIS, 1871 – PARIS, 1958)
Pierrot
Vers 1940-1948
Huile sur papier marouflé sur toile
37 x 25 cm.
Ce portrait se pare de larges aplats bleus et d’éclats rosés qui sculptent les contours
d’un visage à l’allure énigmatique. Les coups de pinceau, francs et presque brutaux, confèrent
à la surface un aspect texturé, comme si chaque mouvement de la matière exprimait une
tension intérieure. Le regard à demi fermé, à peine suggéré, dégage une présence silencieuse
et pourtant puissante, tandis que les tons clairs et sombres se disputent la lumière sur la peau.
Le bandeau blanc, qui se fond dans la chevelure ou le foulard, crée un contraste saisissant
avec les bleus intenses, évoquant la force d’un trait décidé.
La beauté de cette œuvre réside d’abord dans l’audace de sa touche. En quelques gestes
énergiques, l’artiste parvient à rendre à la fois la douceur des traits et le caractère insondable
de ce visage. L’équilibre subtil entre les nuances bleutées et les teintes chair traduit une
émotion ambivalente, à la fois sombre et lumineuse, intime et presque universelle. Son
unicité se révèle dans la force expressive du trait, qui dépasse la simple représentation d’un
modèle pour atteindre une forme de symbolisme intérieur. À travers cette mise en scène
gestuelle et colorée, le tableau devient le support d’une introspection. Il suggère l’épaisseur
d’une histoire, la profondeur d’un regard, tout en laissant le mystère intact.
Georges Rouault (1871-1958) est un peintre et graveur français. Fils d’ébéniste, il suit d’abord une formation comme peintre de vitraux. Entré à l’école des Beaux-arts de Paris, en 1891, il devient l’élève préféré de Gustave Moreau dont la mort l’affectera profondément. S’ensuit un période de crise esthétique où il développe une peinture aux accents lyriques voire grotesques, caricaturant ses contemporains, des salles d’audience à la rue, peignant avec ironie juges, clowns et prostituées… Impulsif et passionné, Rouault n’a jamais revendiqué d’appartenance à aucun
mouvement ; il ne cherche pas à séduire son public. Sa nomination comme conservateur du
musée Gustave Moreau en 1902, lui permet une indépendance dans son travail. En 1903, il
fonde le salon d’automne avec ses amis Matisse et Marquet. La reconnaissance arrive quand,
en 1917, le marchand d’art Ambroise Vollard lui achète la totalité de son atelier (770 œuvres) et
lui commande des gravures pour de nombreuses publications, Le père Ubu, Les Fleurs du mal,
Miserere (58 planches),… au point que la gravure supplante un temps sa peinture et influence
profondément son style vers une synthèse des formes. Fervent catholique, Rouault développe
des thèmes religieux, comme son Christ bafoué par les soldats, de 1932, aujourd’hui au MoMA
de New York. Mais en réalité, c’est toute sa peinture qui est empreinte de sacré, en particulier
ses portraits, dans lesquels il recherche le visage du Christ, tel dans cet Arlequin dont l’hiéra-
tisme et l’impassibilité participent de cette quête. Il appartient à toute une série de figures à
l’accent méditatif désormais conservés au Centre Gorges Pompidou à Paris.
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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