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Tenture composée de trois tapisseries en laine et soie inspi…
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Tenture composée de trois tapisseries en laine et soie inspi…
Estimation 12 000 € - 15 000 €
Lot volontaire
Description
Tenture composée de trois tapisseries en laine et soie inspirées de l’Iliade. Ces trois tapisseries se présentent à la manière d’une loggia en trompe-l’œil ouvrant sur un paysage boisé. Chaque tableau est encadré par deux colonnes composites sur un socle orné de mascarons, le fût garni de guirlandes de fruits, surmontées d’un chapiteau corinthien. L’entablement droit soutient une double guirlande également chargée de fruits, retenue par des anneaux, enchâssant en son centre un cabochon bleu nuit. La bordure supérieure est alternativement rythmée de corbeaux, de boucles et d’ardillons en trompe-l’œil qui semblent ainsi maintenir le textile. Le sous-bois vallonné qui constitue l’arrière- plan, sillonné de chemins, d’étangs et de ruisseaux, est traité en perspective atmosphérique grâce à une ample palette de tons bleus et verts, tandis que fermes et moulins évoquent les campagnes flamandes. La première tapisserie met en scène un groupe de deux hommes et d’une femme : cette dernière retient le bras d’un guerrier vêtu d’une cuirasse, qui soutient sa tête d’un geste d’affliction tandis qu’accourt vers lui une femme habillée de rouge. Sur la seconde, ce même guerrier est conduit par deux femmes au-devant d’une troisième, qui lui tend une lance et un bandeau d’étoffe rouge. À l’arrière-plan, on distingue à gauche un chasseur accompagné de son chien, et à droite le corps d’un homme dévoré par des chiens. La troisième représente quatre hommes munis de lances désignant à une femme le guerrier étendu au sol, soutenu par deux autres femmes. Audenarde, première moitié du XVIIe siècle H. : 295 cm – L. : 446 cm H. : 288 cm – L. : 498 cm H. : 276 cm – L. : 313 cm (restaurations, usures, accidents)
Ces trois vues de sous-bois dites « boscaiges » (bocages), qui
se déploient depuis une loggia située au première plan, sont
caractéristique de la production des lissiers d’Audenarde entre le
milieu du XVIe et la fin du XVIIe siècle. Le cadre architectural décline
plusieurs variantes autour d’un modèle commun, quoique l’on trouve
des similitudes dans le décor sculpté des colonnes, les mascarons et
les riches guirlandes de fruits. Ces dernières, particulièrement soignées
sur les tapisseries que nous présentons, peuvent être rapprochées
d’une tenture de cinq pièces conservée entre le Musée du Louvre et
du Musée de Gand et représentant les Travaux d’Hercule (v. 1545-
1565). Le soin remarquable accordé à la perspective atmosphérique
connaît peu d’équivalents parmi les créations flamandes du XVIIe
siècle. L’atelier s’illustre ici par sa maîtrise d’un nuancier de teintes
subtiles, qui se traduit dans les reflets des plantes sur l’eau des
étangs et le jeu de la lumière sur les arbres dont les feuillages sont
rehaussés de mouchetures claires. Une autre spécificité des ateliers
d’Audenarde est la confusion volontaire et ludique entre l’architecture
en trompe-l’oeil, le paysage qu’elle semble dévoiler, et les boucles de
l’entablement rappelant au spectateur qu’il s’agit bien d’une tapisserie.
Dans ces paysages édéniques, il est fréquent que les tapissiers mettent
en scène chasseurs, bergers ou animaux – réels ou fantastiques – sans
qu’ils n’appartiennent à de véritables histoires. Il en est de même
des allusions aux textes antiques, dont les principaux épisodes sont
parfois recomposés au gré des commandes et sans jamais prendre
l’ascendant sur le décor naturel de ces « boscaiges ».
Les scènes qui se déploient ici évoquent néanmoins plusieurs passages
de l’Iliade, bien qu’il soit délicat de les identifier avec certitude. La
première pourrait représenter l’affliction d’ Achille apprenant la mort de
Patrocle, tué par Hector. La seconde évoque vraisemblablement Thétis,
mère d’Achille, tendant à son fils – revêtu de l’armure forgée par
Héphaïstos – la lance et le bandeau avec lesquels il vengera la mort
de Patrocle. À l’arrière-plan, le corps dévoré par des chiens pourrait
faire allusion aux premiers vers de l’Iliade (I, 1-5) qui déplorent la
perte de « tant d’âmes valeureuses de héros dont les corps servirent de
pâture aux chiens ». Le troisième tableau pourrait alors figurer la mort
d’Achille : ayant négligé les avertissements de sa mère qui prédisait sa
mort s’il affrontait Hector, il est tué par Pâris d’une flèche guidée par
Apollon.
Ouvrage consulté : Guy Delmarcel, La tapisserie flamande du XVe au
XVIIIe siècle, Lannoo, 1999.
Description du lot modifiée le 13/10/2026 à 18h59
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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