Lot phare sélectionné par la Maison de ventes.
Premium LE HAVRE ENCHERES - Maxence MAZZONI & Vincent NEYT
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Claude MONET (1840-1926) Recto : Dandy à la pipe (figure 1a)…
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Claude MONET (1840-1926) Recto : Dandy à la pipe (figure 1a)…
Estimation 10 000 € - 15 000 €
Lot volontaire
Description
Claude MONET (1840-1926)
Recto : Dandy à la pipe (figure 1a)
Vers 1857-1858
Graphite, pinceau et lavis brun et gris, aquarelle et gouache sur papier
Signé en bas à gauche : « O. Monet »
Verso : Homme au chapeau haut-de-forme (figure 1b)
Graphite sur papier
246 x 188 mm
Expert : Monsieur Hubert DUCHEMIN
[email protected]
Nous invitons les amateurs et enchérisseurs potentiels à consulter ou télécharger la notice descriptive complète des éléments comparatifs (sur demande auprès de l'étude ou en lien de téléchargement suivant : https://www.transfernow.net/dl/202606036S6jdEzP
Né à Paris en 1840, Oscar-Claude Monet grandit au Havre, où ses parents, Adolphe et Louise Monet, s’installent lorsqu’il a cinq ans. Adolphe y retrouve ses propres parents, Pascal et Catherine, et sa demi-sœur Jeanne. Le mari de cette dernière, Jacques Lecadre, propriétaire de magasins ravitaillant les navires en épicerie, associe son beau-frère à ses affaires florissantes. La ville du Havre est alors le deuxième port de France et jouit d'une situation économique particulièrement avantageuse. La famille Monet emménage ainsi dans une grande maison sur les hauteurs d’Ingouville, commune limitrophe du Havre . En 1851, le jeune Oscar entre au collège communal de la ville. Il y suit notamment les cours de dessin de Jacques-François Ochard, un ancien élève de Jacques-Louis David. Cancre dans l’âme, peu attiré par l’école, il aime dessiner dans les marges de ses cahiers et croquer ses professeurs avec humour et dérision, pour ensuite en distribuer les portraits à ses camarades. Ses talents de caricaturiste se font rapidement connaître, lui valant un succès notable au Havre. Il commence à signer ses dessins de son prénom d’usage, Oscar, « O. Monet » – « Claude » ne supplante « Oscar » que vers 1864. Réalisant tout d’abord de petits personnages comiques, il passe ensuite aux portraits-charges, un type de caricature très en vogue en ce milieu du XIXe siècle consistant à doter les personnages de têtes démesurément grandes. Il expose alors ses feuilles chez un papetier-encadreur nommé Gravier - chez qui il rencontrera Eugène Boudin qui insistera pour qu’il délaisse la caricature et s'adonne plutôt à l'exercice du paysage sur le motif. Pour autant, si ce sont ses paysages qui le rendront célèbre, ce sont bien ses caricatures que l’adolescent parvient à vendre aux havrais enthousiastes et demandeurs. Monet garde de ce début de carrière une fierté significative. Il se souvient lors d’un entretien en 1900 : « Ma réputation était si bien établie qu’on me sollicitait platement, de tous côtés, pour avoir des portraits-charges. L’abondance des commandes [...] m’inspir[a] une résolution audacieuse [...] : je me fis payer mes portraits. Suivant la tête des gens, je les taxais à dix ou vingt francs, et le procédé me réussit à merveille. En un mois ma clientèle fut doublée. Je pus adopter le prix unique de vingt francs sans ralentir en rien les commandes. Si j’avais continué, je serais aujourd’hui millionnaire ». Tout en bénéficiant d’une aide familiale complémentaire, il se serait ainsi constitué la somme de deux mille francs grâce à ses dessins, somme avec laquelle il part étudier à Paris au printemps 1859.
S’inscrivant dans ce contexte havrais, ces trois belles feuilles inédites appartiennent à un premier corpus de dessins datés par les spécialistes entre 1855 et 1857. La majorité d’entre eux sont conservés au musée Marmottan-Monet, issus de la donation André Billecoq, dont la famille, proche des Monet, les avait reçus en cadeau de la part du jeune Oscar. Ces feuilles figurent des physionomies humoristiques, sans être à proprement parler des caricatures. Ne représentant que très rarement des personnes réelles et identifiées, Monet puise néanmoins son inspiration dans la société havraise de l'époque, mêlant résidents et voyageurs attirés par une ville balnéaire alors en plein essor. Dandys aux couvre-chefs variés (ill. 1 et 2), Normandes en habit traditionnel (ill. 4), ou bien Anglais à pantalon rayé (ill. 5), comptent parmi les types sociaux que Monet s’amuse à croquer.
Notre premier dessin figure ainsi un élégant personnage, se tenant sur une jambe, fumant sa pipe, arborant un chapeau haut-de-forme et un éclatant nœud rouge (figure 1a) ; le deuxième représente un autre homme, plus rigide, cigare en bouche, coiffé du même chapeau et emmitouflé dans son écharpe et son manteau (figure 2) ; le troisième met en scène un personnage masculin similaire, aux côtés d’une jeune femme vêtue d’une imposante robe, qu’il semble interpeller ou accompagner (figure 3a). Deux des feuilles comportent un revers, traité plus sommairement, et figurant pour l’un, un autre homme au type « dandyesque » (figure 1b) et pour l’autre, un couple s’enlaçant ou dansant (figure 3b).
Outre ces sujets en tout point similaires, la technique employée est également caractéristique de ce premier ensemble de caricatures : Monet dessine ses personnages au crayon dans un style enlevé et applique, pour certains d’entre eux, de l’aquarelle rehaussée de gouache. Il souligne quelques détails de vêtements de bleu ou de vert, les cols de blanc, les cheveux de brun et les nez et joues d’un rouge orangé caractéristique (ill. 3). Nos caricatures apparaissent toutefois comme étant plus élaborées, ambitieuses et évoluées, probablement les plus tardives de l’ensemble et vraisemblablement datables de 1857. L’aquarelle prend en effet davantage le pas sur le trait de crayon, qui s’affine voire disparaît totalement par endroit. Le jeune Monet semble également plus à l’aise avec les pieds et les mains, habituellement peu représentés dans ce corpus, coupant souvent ses personnages au niveau du mollet et leur faisant enfouir les mains dans leurs poches (ill. 4 et 5). Nos dessins s’apparentent alors au Peintre au chapeau pointu (ill. 6), daté par les spécialistes vers 1857 également, œuvre dans laquelle le personnage est entièrement coloré et où ses mains et pieds sont bien visibles. Notre feuille représentant un couple se promenant est par ailleurs à ce jour le seul dessin de l’ensemble connu où plusieurs personnages sont figurés, ce qui indique une volonté de composition plus narrative chez Monet.
La signature confirme enfin le caractère plus tardif de ces trois feuilles. En quête de lui-même comme tout jeune artiste, Monet fait évoluer plusieurs fois celle-ci. S’il s’agit toujours de signer « O. Monet », ses premières signatures sont enlevées et penchées sur le côté tandis que certains de ses portraits-charges, ainsi que l’unique dessin à la sanguine connu du corpus (ill. 7 et 8), portent au contraire une signature nette et horizontale, identique à celles figurant sur nos trois dessins.
Nos feuilles font ainsi très certainement partie des derniers dessins connus de ce corpus de physionomies et de ce fait se situeraient chronologiquement avant ses premiers portraits-charges. De nombreux aspects relatifs à cette production de caricatures — tant dans son ampleur que dans ses modalités de diffusion et de conservation — restent néanmoins à élucider. La production connue et étudiée est en effet assurément très réduite, alors même que Monet semble avoir été particulièrement prolifique. Sur la base de ses déclarations, on estime qu’il y aurait eu entre cent et deux cents caricatures qu’il aurait monnayées , auxquelles s’ajoutent celles offertes à des proches ou qu’il a conservées sa vie durant auprès de lui. Le catalogue raisonné de l'artiste établi par Daniel Wildenstein en recense environ une soixantaine, classifiées dans différents groupes, sans compter les quelques feuilles apparues très sporadiquement sur le marché de l’art. Cet ensemble demeure ainsi très lacunaire. Cette rareté s’explique tout d’abord par la fragilité de ces feuilles, mais également par le fait qu’elles soient probablement restées dans les familles des modèles. En raison de leur faible valeur monétaire à l’époque, les héritiers les ont soit gardées, sans y voir un quelconque intérêt à les vendre, soit s’en sont débarrassés. La ville du Havre ayant été détruite à 80% lors de la Seconde Guerre mondiale, il est également probable que les caricatures représentant des Havrais aient subi le même sort. La clientèle de Monet ne se restreignant toutefois pas aux seuls Havrais, certaines de ces œuvres se trouvent encore sans doute dans les lieux de résidence des modèles qui étaient simplement de passage dans la ville. Ainsi, face à ce corpus si fragmentaire, nos trois feuilles permettent d’enrichir la connaissance de cette production quelque peu méconnue du jeune Monet. En ce sens, elles peuvent en être considérées, de par leur qualité et leur maturité d'exécution, comme un jalon essentiel.
À propos de la vente
TABLEAUX ANCIENS & MODERNES - OBJETS D'ART - ART DE LA TABLE - MOBILIER ANCIENS & XXème..
Lieu de vente
Date
16/06/2026 à 14h00
Description du lot modifiée le 03/06/2026 à 11h45
Crédits photos : Contacter la Maison de ventes
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