Il n'y a pas de héros sans adversaire. Sans Freezer, Son Goku ne se serait pas dépassé. Sans Raoh, Kenshiro n'aurait été qu'un voyageur solitaire. Sans le fantôme qui l'attend au col de Sayo no Nakayama, la route du Tōkaidō ne serait qu'un paysage. Cette vente rend hommage à ceux que l'on craint, que l'on déteste, et que l'on finit souvent par préférer.
L'animation japonaise n'a pas inventé ses monstres. Elle les a reçus en héritage d'un pays qui, depuis des siècles, peint ses morts, sculpte ses démons et recense ses yōkai. Les rouleaux de yūrei, les estampes de Kuniyoshi, le masque de Hannya ou les crânes sculptés de l'ère Meiji ne sont donc pas ici des invités étrangers. Ce sont les ancêtres directs de Kitarō, de Cell et d'Orochimaru, et ils sont présentés côte à côte avec eux. Quelques créations contemporaines, de Michel Haillard à Ryō Matsumoto et Toshimasa Kikuchi, prouvent que cette veine ne s'est pas tarie.
Le catalogue ne suit ni la chronologie ni les licences, mais une gradation morale. Il s'ouvre sur les fantômes et les squelettes, ce qui reste de nous après la mort. Il traverse le peuple des yōkai, les sorciers, les monstres, puis les tyrans et leurs acolytes, avant de descendre parmi les antagonistes ordinaires. Les trois derniers chapitres renversent la perspective : faux méchants, héros possédés malgré eux, créatures effrayantes au cœur fidèle. La peur, au fond, n'est souvent qu'une erreur de lecture.
Les lots d'animation sont tous des documents originaux de production. Ce sont des celluloïds peints à la main et les dessins qui les préparent, dôgas, gengas et layouts, parfois accompagnés de leur décor. Chacun est rattaché, quand c'est possible, à son épisode et à son minutage. Ces pièces uniques ont servi à fabriquer les images animées : ce sont les traces matérielles d'un art de la multitude.
Présentée à quelques jours d'Halloween, cette vente est une invitation à regarder les monstres en face, et à en ramener un chez soi.